Home | Les articles Madjid Moshayedi | Un Kurde sacrifié sur l’autel de la realpolitik des mollahs

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Madjid Moshayedi

Ce mercredi 11 novembre à l’aube, le régime des mollahs a exécuté le jeune militant kurde Ehsan Fattahian à la prison centrale de la capitale provinciale de Sanandaj pour son appartenance à un groupe armé. Il y a des éléments invraisemblables dans son dossier d’accusation qui font craindre une opération politique.

Selon la version officielle du régime, Ehsan Fattahian, 27 ans, avait été arrêté en février dernier à la ville frontière de Kamyaran avec d’autres militants les armes à la main. Si cette version était juste, il aurait alors été immédiatement inculpé d’activités hostiles au régime et condamné à mort. Or, il a d’abord été détenu pendant 3 mois avant d’être condamné à 10 ans de prison. Mais, à l’issue d’un procès en appel qui a eu lieu récemment, sa peine a été transformée en pendaison avec le rajout de nouvelles preuves comme la découverte d’armes à son domicile (chez son père), fait invraisemblable car le père est en liberté.

De plus, Ehsan Fattahian était un simple sympathisant du Komeleh, un parti politique kurde qui n’a plus d’activités paramilitaires contre les mollahs depuis une vingtaine d’années et rejette officiellement la lutte armée menée par le Pejak, mystérieux groupe séparatiste kurde né en 2003 en Irak sous la houlette des Etats-Unis après leur arrivée dans ce pays.

En somme, le régime a tué un innocent. Mais, ce qui est remarquable, c’est qu’il l’a fait avec un maximum de publicité dans ses propres médias. Immédiatement après l’annonce de son exécution, le Mouvement Vert, qui en raison de ses slogans pro-régime a du mal à mobiliser les Iraniens, est entré en scène pour défendre l’innocent Fattahian en promettant de manifester en sa faveur. Seulement  voilà, le Mouvement Vert n’a pas soulevé les invraisemblances du dossier d’accusation de Fattahian, ni appelé à une manifestation immédiate en sa faveur : il a seulement promis de dédier sa prochaine manifestation dans un mois à la mémoire du jeune Kurde. En fait, il entend exploiter la colère des Iraniens afin de mobiliser les foules qu’il n’arrive pas à déplacer.

Il y a un mois, le tandem régime-Mouvement Vert avait joué le même scénario : le régime avait condamné à mort Mohammad – Reza Ali-Zamani, un militant monarchiste, et le Mouvement Vert avait appelé les Iraniens à manifester en faveur de sa libération lors de la prochaine manifestation du mouvement dans quelques semaines. Ils espéraient attirer ainsi les habitants de la capitale qui toutes classes confondues ont l’espoir d’un retour de la monarchie laïque et progressiste qu’ils ont connus avant la révolution. Cette tentative a échoué notamment grâce à nos efforts et ceux de radio Toloo. Ayant perdu la bataille de Téhéran, le régime rejoue le même scénario au Kurdistan avec cette fois l’exécution injustifiée d’Ehsan Fattahian, en espérant mobiliser les Kurdes.

Le cas de Fattahian est particulier, mais pas inhabituel. D’une manière générale, il y a toujours un aspect politique dans les pendaisons de prisonniers en Iran : il s’agit d’intimider la rue. C’est pourquoi cela ne s’arrête jamais. Ainsi, le régime a reconnu 5 nouvelles pendaisons le 21 octobre, 1 cas lié au Jundallah le 2 novembre, et 4 autres le samedi 7 novembre. Ces exécutions dont nous n’avions pas parlé sur ce site et le meurtre cynique d’Ehsan Fattahian, dernière pendaison connue, portent à 266 le nombre de pendaisons annoncées en Iran depuis le 1er janvier 2009.

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